Dans une toute petite ville, à des lieues et des lieues de Paris, vivait une petite fille nommée Marianne. Elle avait tout pour elle — elle était jolie, intelligente, et prête à entrer en CP. Mais elle voulait absolument aller sur Internet.
Allez maman, achète-moi une tablette.
Cette phrase résonnait chaque jour dans leur maison.
Mais au début, la mère résistait. Elle posait sans cesse la même question :
Mais pourquoi veux-tu une tablette, ma chérie ? Tu n'as rien à faire ? Nous avons une si belle nature ici, une si belle nature…
Mais Marianne ne lâchait pas prise et reprenait son refrain :
Je veux aller sur Internet, comme Valérie. Il y a tellement de choses, maman… Valérie dit qu'il y a des applications éducatives. Avec une tablette, je serai super intelligente à l'école !
Et un jour, le cœur de la mère aimante fondit. Elle économisa sou par sou et emprunta aux voisins, puis rapporta une tablette. Elle la remit à Marianne rayonnante de bonheur, sourit à ses propres pensées, puis alla s'occuper du jardin.
Marianne s'installa sur le canapé avec sa tablette et se mit à jouer. Et il y avait vraiment tellement de choses… On pouvait discuter avec ses amis, regarder des vidéos colorées, voir plein d'images vives et écouter de la musique entraînante.
Et Marianne ne vit pas la journée passer. Sa maman vint la voir et claqua la langue d'un air contrarié :
Tu es restée là toute la journée ? Allez, au lit !
Encore cinq petites minutes !
Mais la mère fut inflexible :
Il est déjà dix heures du soir ! Toutes les petites filles bien élevées dorment déjà.
À contrecœur, Marianne posa sa tablette et alla se coucher. Elle rêva qu'elle était devenue la personne la plus populaire sur Internet. Dans son sommeil, Marianne souriait largement, attendrissant sa maman.
Le lendemain se passa de la même façon. Sauf que la maman de Marianne devait recevoir des invités. Elle s'affaira toute la journée dans la maison, mais Marianne refusait de l'aider. La maman dut tout faire elle-même : mettre la table, ranger la maison et travailler au jardin.
Marianne repoussait toutes ses demandes, car Internet était bien plus intéressant. Et même quand Valérie vint avec sa mère, Marianne ne tourna même pas la tête dans leur direction. La maman secoua la tête d'un air désolé et s'en alla.
Et Marianne ne remarqua pas que la journée était passée, et elle s'endormit avec la tablette dans les mains.
On ne sait combien de temps elle dormit, mais elle se réveilla dans une chambre toute noire.
Mamaaaaan.
Marianne appela, mais personne ne répondit. Effrayée, la petite fille se leva d'un bond, enfila ses chaussons et parcourut toute la maison. Mais il n'y avait personne.
Elle est partie.
Une voix retentit soudain. Et avec horreur, Marianne découvrit qu'elle venait de la tablette.
Que s'est-il passé ? Où est-elle partie ?
Demanda la petite fille d'une voix tremblante.
Est-ce vraiment important ? On est déjà en octobre, elle est partie en ville.
Octobre ? Et moi alors ? Je devais entrer à l'école !
Marianne se prit la tête dans les mains, désolée.
En as-tu vraiment besoin, réfléchis ? J'ai tout ici : nous apprendrons ensemble le programme scolaire.
Il sembla même à Marianne qu'un sourire narquois apparaissait sur l'écran noir.
Et Valérie ? Maman, mes camarades de classe ? Non, ce n'est pas possible.
Tout ça, ce sont des bêtises, tu oublieras vite. Maman ne reviendra pas, elle est fâchée contre toi. Et nous serons tous les deux pour toujours. Je te montrerai tellement de jeux, tellement de vidéos. Tu veux ?
Nooooon.
Marianne recula, effrayée.
Non-non-non-non.
Et elle se mit à crier. Elle s'assit par terre et se mit simplement à crier… Puis elle se réveilla brusquement.
Qu'est-ce qu'il y a, Marianne ? Tu as fait un cauchemar ?
La maman inquiète apparut dans l'encadrement de la porte.
Ce n'est rien, maman.
Marianne courut vers sa maman et la serra fort dans ses bras.
Pardonne-moi. Maintenant je t'aiderai toujours à la maison. Et cette tablette, je vais la jeter.
La maman étonnée caressait les cheveux de Marianne sans comprendre ce qui s'était passé. Peut-être que c'était pour le mieux. Marianne redevint comme avant et ne passait plus plus d'une heure sur sa tablette. Sinon, elle risquait de faire encore de mauvais rêves.