Dans une immense forêt dense, dans une grande vieille maison faite de troncs de pins, vivait le loup gris Pierre Grisou. On l'appelait ainsi parce qu'un de ses flancs était gris. C'était le chef de la forêt, et tous les animaux le respectaient et l'écoutaient attentivement.
Quand des incidents survenaient dans la forêt, Pierre Grisou trouvait toujours la bonne solution, c'est pourquoi beaucoup venaient lui demander conseil. Tantôt Madame Écureuil accourait se plaindre de son fils vaurien, tantôt la Couleuvre rampait jusqu'à lui pour raconter que sa voisine l'embêtait.
Ou bien le téléphone sonnait :
Pierre Grisou, j'ai besoin de ton conseil ! Je veux me construire une nouvelle maison, tu ne saurais pas où trouver de bonnes branches ?
Criait à l'autre bout du fil le Sanglier Sauvage.
Et Grisou n'avait d'autre choix que de remettre le fils d'Écureuil dans le droit chemin, d'avoir de longues conversations avec la voisine de la Couleuvre, et d'appeler tous les magasins où l'on pouvait acheter des branches solides pour la maison du Sanglier Sauvage.
Mais un beau matin, alors que le soleil brillait de mille feux et que les oiseaux chantaient joyeusement, une telle mélancolie s'empara du Loup qu'il éteignit son téléphone, ferma solidement les portes de sa maison, prit sa vieille pipe de voyage et l'alluma. Et il commença à se remémorer ses jeunes années, quand il était fort, vigoureux et jeune.
Grisou avait un ami inséparable — le Loup Bruneau. Ils vivaient dans la même forêt depuis leur enfance et étaient amis comme les deux doigts de la main. Que d'histoires intéressantes leur étaient arrivées, que d'endroits ils avaient visités, que de choses ils avaient vues !
Et combien de situations cocasses leur étaient arrivées — impossible de tout raconter. Le Loup Grisou est assis, fumant sa pipe, et se souvient d'une de ces histoires drôles. Drôles pour certains, tristes pour d'autres.
Les deux amis avaient décidé de voler des noisettes dans le creux de l'arbre de l'Écureuil. Bruneau grimpa à l'arbre, atteignit la cime, remplit ses poches de noisettes, mais ne put redescendre. Il passa toute la nuit dans l'arbre, tandis que Grisou restait assis en bas et n'osait rien dire à sa mère, car ils auraient tous deux reçu une sacrée correction. Leurs mères étaient de redoutables louves.
C'est le Castor — un vieux pompier — qui les aida alors. Il déchira sa chemise, abîma son pantalon en sortant Bruneau de l'arbre. En signe de gratitude, les amis décidèrent d'aider le Castor à planter son potager. Ils arrivèrent le matin, retournèrent les plates-bandes pendant que le pompier allait chercher les graines. Ils virent des racines posées sur un banc le long du potager.
Le vieux pompier a sûrement oublié ces graines ! Faisons-lui une bonne action — plantons-les tout autour du potager, qu'elles poussent et donnent des fruits.
Bruneau et Grisou décidèrent d'aider le Castor.
Mais quinze jours plus tard, le pompier accourut vers eux en criant :
Je vous ai descendus de l'arbre, je vous ai sauvé la vie, et vous, vous avez rempli mon potager de mauvaises herbes, et tellement épaisses qu'aucune binette ne peut les arracher et aucune hache ne peut les couper ! Maintenant, il n'y pousse plus rien d'autre que cette herbe inutile ! Je me suis fatigué pour rien à planter mes légumes, tout ça gâché à cause de votre « aide » !
Il y eut aussi cette histoire amusante quand les amis inséparables Grisou et Bruneau protégeaient la forêt contre les bûcherons. Il y avait plusieurs détachements de défenseurs à la frontière. Et Grisou y était cuisinier. Un jour, il prépara une marmite pleine de bouillie et y mit du sel au lieu du sucre, et pas une pincée, mais cinq pleines ! Il s'était trompé.
Et tous mangèrent en silence, faisant semblant que c'était bon. Tout ça parce que Bruneau — l'ami inséparable — avait ordonné à tous de se taire et de complimenter la bouillie, pour que Grisou ne soit pas puni et ne soit pas mis aux arrêts.
Pierre Grisou était tellement plongé dans ses rêveries, affalé dans son fauteuil, que le coup frappé à la porte le fit sursauter.
Ça recommence ! Qui vient encore me demander conseil !
Grisou ouvrit la porte et vit sur le seuil — vous ne devinerez jamais qui — Pierre Bruneau ! Lui aussi s'ennuyait terriblement de son ami et avait décidé de lui rendre visite.