La nounou Agathe était l'une des plus vieilles dragonnes, ce n'est pas pour rien que son nom commence par A. Elle portait toujours une énorme coiffe grise, de vieilles lunettes et détestait par-dessus tout les bêtises !
Et justement, dans la chambre sous la lettre P, il y en avait à revendre. Tantôt Pierrot brûlait un trou dans la housse de couette avec ses étincelles, tantôt Philibert soufflait de la neige sur la moitié de la chambre — et il fallait tout balayer derrière lui.
Et quand les petits dragons s'envolaient loin de la nounou dans le parc, essaie donc de les retrouver après, tu peux siffler tant que tu veux, ils ne reviendront pas.
Alors Agathe devait sans cesse gronder les dragonnets et les réprimander pour leurs frasques. Mais en vérité, elle les aimait, et avant de dormir, elle leur racontait toujours des histoires. Des histoires magiques, extraordinaires.
Pour elles, on pouvait supporter toutes les gronderies et tous les reproches. Un soir avant le coucher, la nounou raconta une nouvelle histoire. Il y avait quelque chose à propos d'une créature mystérieuse appelée mammouth et de ses aventures, mais le plus intéressant était à la fin, quand il retrouvait sa maman.
C'est quoi, une maman ?
demanda soudain Philibert. Il lui semblait avoir déjà entendu ce mot quelque part.
Une maman, c'est celle qui a des enfants.
dit la nounou.
Mais nous aussi, nous sommes des enfants ?
demanda pensivement Félicie.
Bien sûr.
Alors où est notre maman ?
dit Pierrot d'un ton vexé.
Vous n'avez pas de maman. Assez de questions, il est temps de dormir.
dit sévèrement Agathe et se retourna en soupirant. Quand elle se retourna à nouveau, elle vit que personne dans la chambre des dragons n'avait l'intention de dormir, des yeux tristes la regardaient de partout.
Bon, un bonbon vert chacun et au lit.
décida-t-elle. Tout le monde s'anima aussitôt, la tristesse disparut comme par enchantement. La nounou parcourut patiemment la chambre en distribuant des consolations. Seul un dragon ne prit pas de bonbon. Philibert.
Prends-le, le vert est ton préféré.
dit Agathe d'un ton cajoleur.
Je n'en ai pas envie.
dit tristement Philibert.
Comme tu veux.
dit la nounou et éteignit la lumière. Pas même cinq minutes ne s'étaient écoulées que tous ronflaient bruyamment dans un nuage de fumée. Mais qu'est-ce que c'est ? Soudain, il sembla faire plus froid. On entendit un étrange bruit rythmique sur le plancher de bois.
La nounou comprit tout de suite ce qui se passait et s'approcha du lit de Philibert. Il versait des larmes glacées, et déjà tout le sol autour de lui était recouvert de neige à cause de son propre souffle glacial.
Chut-chut-chut-chut.
fit-elle quand il se mit à sangloter bruyamment.
Qu'est-ce qu'il y a encore ?
Je me suis souvenu de mon amie, Anne. Elle pleurait tellement quand sa maman s'est perdue. Et moi, je n'ai jamais vu ma maman... Ouin-ouin-ouin...
sanglotait Philibert.
Ça suffit, tu vas tout geler ici. Allez, lève-toi, viens.
dit-elle en lui faisant signe.
Où ça ?
renifla Philibert en aspergeant la nounou d'une portion de neige mouillée.
Tu verras.
La nounou ouvrit la porte de la chambre.
Suis-moi !
Et le dragon s'envola docilement derrière la vieille Agathe dans le ciel nocturne. Ils arrivèrent presque au sommet de l'arbre aux dragons. Ils atterrirent sur une branche et continuèrent à pied. La nounou conduisit Philibert presque jusqu'au tronc.
C'est sur cette branche que nous t'avons trouvé, dans la plus belle graine aux reflets violets.
La nounou sourit à ce souvenir.
Tu étais si petit et tout ridé, mais si mignon et tellement chaud ! Tu fumais comme une locomotive !
Alors, je suis né sur un arbre ?
Oui, comme nous tous. Nous sommes les fruits de l'arbre aux dragons.
Alors, notre maman, c'est juste un arbre ordinaire ?
dit Philibert d'un ton déçu.
Pourquoi ordinaire ?
Elle toucha l'écorce avec amour.
Approche-toi.
Philibert s'approcha timidement et toucha l'arbre lui aussi. L'écorce était rugueuse et râpeuse, mais le dragon sentit soudain une chaleur indéfinissable dans sa petite patte de dragon. Philibert prit courage et enlaça l'arbre, écartant les pattes aussi largement qu'il le pouvait.
L'arbre bruissa en réponse avec son feuillage et réchauffa son visage glacé par les larmes.
Et Philibert sourit. Maintenant il savait que maman était là, tout près !