Dans une petite ville, très loin de Montréal, vivait une fillette nommée Marie. Elle avait tout pour elle — elle était jolie, intelligente, et prête à entrer en première année. Mais elle voulait absolument aller sur Internet.
Allez maman, achète-moi une tablette.
C'était la même rengaine chaque jour dans leur maison.
Mais sa mère résistait au début. Elle lui posait toujours la même question :
Mais pourquoi veux-tu une tablette, ma chérie? Tu n'as rien à faire? On a une si belle nature ici, une si belle nature…
Mais Marie insistait, et recommençait sa chanson :
Je veux aller sur Internet, comme Valérie. Il y a tellement de choses, maman… Valérie dit qu'il y a des applications éducatives. Avec une tablette, je vais devenir super intelligente à l'école!
Et un jour, le cœur de sa mère aimante fondit. Elle économisa sou par sou et emprunta aux voisins, et un jour elle apporta une tablette. Elle la remit à Marianne rayonnante de bonheur, sourit à ses propres pensées, puis alla travailler au jardin.
Marianne s'installa sur le divan avec sa tablette et commença à jouer. Et il y avait vraiment tellement de choses… On pouvait clavarder avec ses amis, regarder des vidéos colorées, plein d'images vives et de musique entraînante.
Et Marie ne remarqua pas que toute la journée était passée. Sa mère vint la voir et claqua la langue avec irritation :
Quoi, tu es restée assise ici toute la journée? Allez, au lit!
Encore cinq petites minutes!
Mais sa mère fut inflexible :
Il est déjà dix heures du soir! Toutes les filles bien élevées dorment déjà.
À contrecœur, Marie déposa sa tablette et alla se coucher. Elle rêva qu'elle était devenue la personne la plus populaire sur Internet. Dans son sommeil, Marianne souriait largement, attendrissant sa maman.
Le lendemain se passa de la même façon. Sauf que la mère de Marianne devait recevoir des invités. Elle s'affaira toute la journée dans la maison, mais Marianne refusait de l'aider. La mère dut tout faire elle-même : mettre la table, faire le ménage, et travailler au jardin.
Marie repoussait toutes ses demandes, car Internet était plus intéressant. Et même quand Valérie vint avec sa mère, Marie ne tourna même pas la tête dans sa direction. Sa mère secoua la tête avec consternation et s'en alla.
Et Marie ne remarqua pas que la journée était passée, et elle s'endormit directement avec la tablette dans les mains.
On ne sait pas combien de temps elle dormit, mais elle se réveilla dans une chambre très sombre.
Mamaaaaan.
Marie appela, mais personne ne répondit. Effrayée, la fillette se leva d'un bond, mit ses pantoufles et parcourut toute la maison. Mais il n'y avait personne.
Elle est partie.
Soudain, une voix se fit entendre. Et avec horreur, Marie découvrit qu'elle venait de la tablette.
Qu'est-ce qui s'est passé? Où est-elle partie?
Demanda la fillette d'une voix tremblante.
Est-ce vraiment important? On est déjà en octobre, elle est partie en ville.
Octobre? Et moi alors? Je devais commencer l'école!
Marie se prit la tête dans les mains avec consternation.
En as-tu vraiment besoin, réfléchis? J'ai tout ici : nous allons apprendre le programme scolaire ensemble, toi et moi.
Marie crut même voir un sourire narquois apparaître sur l'écran noir.
Et Valérie alors? Maman, mes camarades de classe? Non, ça ne peut pas se passer comme ça.
Tout ça, ce sont des bêtises, tu vas vite oublier. Ta mère ne reviendra pas, elle est fâchée contre toi. Et nous serons ensemble pour toute la vie, tous les deux. Je vais te montrer tellement de jeux, tellement de vidéos. Tu veux?
Nooooon.
Marie recula, effrayée.
Non-non-non-non.
Et elle se mit à crier. Elle s'assit par terre et commença simplement à crier… Puis se réveilla soudainement.
Qu'est-ce qu'il y a, Marianne? Tu as fait un cauchemar?
Sa mère inquiète apparut dans l'embrasure de la porte.
Ce n'est rien, maman.
Marie courut vers sa mère et la serra fort dans ses bras.
Pardonne-moi. Maintenant je vais toujours t'aider à la maison. Et cette tablette, je vais la jeter.
Sa mère étonnée caressait les cheveux de Marie sans comprendre ce qui s'était passé. Peut-être que c'était pour le mieux. Marie redevint comme avant et ne passait plus plus d'une heure sur sa tablette. Sinon, elle risquait d'avoir encore de mauvais rêves.