Un jour, un homme marchait sur un pont glissant au-dessus d'une rivière, portant un fagot de bois. Soudain — voilà ! — sa hache tomba dans la rivière. L'homme descendit du pont vers la rive et tendit l'oreille.
Et c'est alors qu'un chat sortit de sous l'eau. C'était le Chat des Eaux — l'esprit de la rivière. Sa fourrure brillait comme la surface de la rivière au soleil, et ses yeux étaient verts comme les algues fluviales.
Ta hache vient de tomber dans ma rivière ? — demanda l'esprit.
Oui, c'est la mienne. Rendez-la moi, s'il vous plaît !
Je te la rendrai, seulement si tu résous notre différend. Qui est le plus fort — l'eau ou la terre ?
La terre, la terre est plus forte !
Après ces paroles, l'esprit de la rivière fronça les sourcils et répondit :
Tu doutes de ma force ? Je vais accomplir trois miracles devant toi ! Assieds-toi sur mon dos !
L'homme s'assit, et l'esprit s'envola dans les airs. Combien de temps ont-ils volé, nul ne le sait, mais ils ont atterri dans un désert.
Vois-tu le désert ? — demanda l'esprit de la rivière.
Oui, — répondit le bûcheron.
Regarde bien ! — s'écria le Chat et frappa le sable de sa patte.
D'une petite fosse jaillit aussitôt un ruisseau. L'esprit frappa encore plus fort, et de la fosse coula une rivière. Elle était plus grande qu'un ruisseau, mais personne ne l'aurait appelée une rivière. Mais voilà que le Chat frappa une troisième fois, et de la fosse coula un large fleuve abondant. Aussitôt, la terre autour commença à se transformer : des pousses commencèrent à percer la surface. Une minute de plus — et à la place des pousses apparurent des fleurs éclatantes, des buissons dont le feuillage bruissait au vent et des arbres géants dont les cimes touchaient le ciel.
Voilà ce que peut faire l'eau ! — rit l'esprit des eaux. — Tu ne me crois toujours pas ?
Je te crois, — répondit le bûcheron.
Regarde plus loin ! Assieds-toi sur mon dos !
Et de nouveau ils volent. Ils atterrissent à nouveau, mais cette fois dans un champ aussi sec qu'une feuille d'automne. L'esprit frappa de nouveau de sa patte, et une source jaillit de la fosse.
Les épis courbés se redressèrent aussitôt, et bientôt le champ semblait doré.
Continuons ! — commanda l'esprit et s'envola dans les airs.
Ils volèrent longtemps, mais enfin l'esprit s'arrêta dans les airs, et le bûcheron comprit ce qui l'avait alerté et même mis en colère. Ils survolaient justement une rivière, et l'île au milieu brûlait.
Mais l'esprit ne perdit pas son sang-froid. Il agita sa patte en direction du feu, et les eaux de la rivière semblèrent devenir folles. L'eau s'agita, bouillonna et, finalement, se déversa sur l'île. La dernière langue de feu scintilla et s'éteignit.
Tu vois ? — demanda l'esprit.
Je vois, — répondit le bûcheron.
L'esprit ramena le bûcheron à sa rivière et lui rendit sa hache.
Et le bûcheron se souvint jusqu'à la fin de ses jours de la leçon qu'on lui avait enseignée sur la puissance de l'eau.